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Le miroir aux alouettes de l’auto-édition (numérique?)

L’auto-édition est à la littérature ce que Kodak a été à la photographie: à trop vouloir démocratiser un art, à trop vouloir le populariser, à trop vouloir le rendre accessible au plus grand nombre, on finit par le désacraliser, on finit par lui enlever toute son essence, toute sa raison d’être.

Depuis toujours l’auto-édition est un concept qui me hérisse le poil sur les bras. Et ça empire avec l’avènement de la numérisation du livre.  Je suis un fervent défenseur de la numérisation du livre. Pas un militant, pas un évangéliste. Non, parce que ce qui me motive avant tout, c’est d’encourager la lecture, quelque soit le support de lecture, papier ou électronique et surtout c’est d’encourager les générations futures à lire, tout en étant bien conscient que ces générations là n’auront pas du tout le même rapport avec le papier que nous connaissons. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’elles ne liront pas, bien au contraire.

Revenons à l’auto-édition. Les sites Internet pour publier un livre soi-même, généralement moyennant un prix substantiel, pullulent ces derniers temps. C’est un des avantages de la numérisation; on peut facilement télécharger son manuscrit et le mettre en vente sur une plate-forme. Et là, ça y est, je suis auto-proclamé auteur! Génial. Un mois, deux mois, trois mois passent et je me rends compte que je n’ai vendu qu’une petite dizaine d’exemplaires, avec un peu de chance. Bienvenu, dans le monde merveilleux de l’auto-édition; un beau miroir aux alouettes, ni plus ni moins.

Citez-moi un auteur célèbre contemporain qui a connu un vrai succès d’édition grâce à l’auto-édition? Citez-en moi juste un seul?

Comme me l’expliquait un ami éditeur tout récemment, « ce n’est pas parce que je fais du jogging tous les matins que je suis assuré de gagner le marathon« . Ce n’est pas parce que j’aime le vin qu’il faut absolument que j’achète un vignoble demain, ce n’est parce que je suis un passionné de cinéma que demain, je serai réalisateur, ce n’est pas parce que je suis un amateur de bonne bouffe que demain j’ouvrirai un restaurant gastronomique.

Ce n’est pas parce que j’écris que je serai forcément demain un auteur ou un écrivain. Bien des auteurs, qui se sont auto-proclamés eux-mêmes auteurs, ne comprennent pas pourquoi les maisons d’édition refusent leur manuscrit. Frustrés et surtout convaincus que leur manuscrit est le meilleur au monde – et c’est peut-être le cas – ils se tournent vers l’auto-édition ou de la pseudo auto-édition.  Mais ce n’est pas parce qu’un manuscrit est auto-édité qu’il est forcément diffusé puis lu. Parce que finalement qui décide, en bout de ligne, qu’on est auteur ou qu’on ne l’est pas: c’est le lecteur, celui qui achète ou pas votre livre. Et qui est le plus structuré, le plus organisé, qui possède le savoir-faire pour donner toutes les chances à un manuscrit qu’il soit numérique ou papier de trouver son lectorat? L’éditeur et sa maison d’édition, quelque soit la taille de celle-ci.

L’auto-édition est un miroir aux alouettes, le polaroid de la littérature, le Prozac de l’auteur déprimé de ne pas être publié. Tout le travail éditorial que fait une maison d’édition est précieux et indispensable, sans oublier tout le marketing de mise en marché et la promotion qu’elle va déployer pour donner une chance à un auteur d’être connu.

Pour conclure, je reprendrais les propos de Eric Simard, responsable de la promotion aux Editions Septentrion, parus sur son  blog: « de nos jours, beaucoup de gens écrivent et rêvent d’être publiés. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi (il y a pire motivation dans la vie), mais très peu y arriveront. Je ne crois pas ce que ce soit dramatique. Combien ont rêvé d’être astronautes et combien y sont parvenus? »

Rappel: si vous aimez la lecture numérique, découvrez LesTraceursdeTout.com, le premier blog de critiques littéraires de livres numériques au contenu inédit

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  1. Claire G.
    15 février 2010 à 1:18

    Ayant eu récemment affaire à un spécialiste québécois de l’auto-édition financée, « manuscrit dépôt » (Fleur de Lys), je suggère que vous ajoutiez à votre billet salutaire une copie du contrat qu’ils diffusent sur leur site. Avions-nous besoin de cela chez nous ?

    • 19 février 2010 à 7:11

      La Fondation littéraire Fleur de Lys n’offre pas un service d’auto-édition mais plutôt d’édition à compte d’auteur. Est-ce qu’il y a un problème avec notre contrat d’édition ?

  2. 15 février 2010 à 11:00

    Bonjour et merci pour ce billet,
    Entendez vous par « auto-edition » celle ci au sens strict qui permet effectivement de faire imprimer son livre et de le partager dans un cadre privé, ou englobez vous également l’édition à compte d’auteur qui elle pour le coup est un véritable « mirage aux alouettes »?
    Si on prend l’auto édition au sens strict, je ne vois pas de mirage car rien n’est promis. Je pense aussi que cette auto édition là n’est pas une mauvaise chose si elle peut flatter, sans que « l’auteur » se mette à rêver d’être justement un écrivain. On ne risque pas de verser dans la soupe littéraire puisqu’il ne sera pas lu.
    Je crois que beaucoup rêvent d’être écrivain, une grande majorité s’amuse à s’auto-éditer et quelques uns versent dans le nombrilisme de l’édition à compte d’auteur.

    • rédaction
      15 février 2010 à 1:53

      j’englobe également l’édition à compte d’auteur. Je suis d’accord avec vous quand l’auteur est bien conscient des limites de l’auto-édition. Là où je suis moins d’accord, c’est tout le commerce qui est fait autour de l’auto-édition et ceux qui profitent de la situation pour faire prendre des vessies pour des lanternes à des auteurs. Mais nous sommes bien sur la même longueur d’ondes

      • 19 février 2010 à 7:15

        La différence entre l’auto-édition et l’édition à compte d’auteur est très simple. Dans le premier cas, l’auteur contracte lui-même chacune des ressources utiles à la publication de son livre, du correcteur réviseur aux libraires en passant par l’infographiste, l’imprimeur,… Dans le second cas, l’auteur contracte un seul fournisseur qui s’occupe de tout.

      • rédaction
        19 février 2010 à 7:17

        Une précision importante 🙂

  3. 15 février 2010 à 7:20

    Je me permets d’ajouter un bémol à ce billet. En effet, mon premier livre a d’abord été publié à compte d’auteur, à un nombre restreint d’exemplaires. Ça m’a permis de tester le marché et de reprendre confiance en moi quant à mon travail d’écriture.

    Ce n’est pas parce que l’on écrit qu’on est un auteur. Vrai.
    Mais ce n’est pas parce qu’on est refusé qu’on est nécessairement mauvais.

    Les maisons d’édition disposent d’un budget limité et ils doivent se limiter à publier ce qui entrent dans l’esprit de la maison.

    En plus, la plupart des maisons d’édition refusent toujours les manuscrits électroniques. Envoyer une vingtaine d’exemplaires de son manuscrit (recto seulement svp et double interligne) coûte cher à imprimer et poster. Finalement, ça m’a coûté le même prix pour faire mon édition à compte d’auteur!

    Je reconnais qu’il est beaucoup plus agréable d’être encadré par une maison d’édition. Mais l’auto-édition peut être une alternative temporaire intéressante. En autant qu’on est conscient de ses limites (absence d’encadrement et de reconnaissance par les pairs).

    Valérie

  4. JS Querty
    16 février 2010 à 8:25

    Je suis hélas tout à fait d’accord avec cet article.Pour avoir été publié plusieurs fois par des éditeurs (reconnus), et pour m’être ensuite (avec l’espoir que ce ne fût que provisoire) autoédité.

    Non seulement l’auto-publication ne garantit aucunement la vente et la diffusion de ses écrits, mais elle contribue largement à déprécier les auteurs qui s’y livrent.

    L’argument selon lequel il vaut mieux autoéditer ses textes que de les laisser moisir dans un tiroir est un peu spécieux. La plupart du temps, ces oeuvrettes oubliées méritent leur sort.

    Aujourd’hui, je me fais plaisir en réalisant des petits tirages privés, et en offrant mes meilleurs livres à mes amis et proches (qui ont la politesse de les trouver bons).

  5. Sébastien Célimon
    18 février 2010 à 6:12

    Bonjour,

    Cela fait trois ans qu’en tant que professionnel de la communication je travaille sur les problèmatiques d’auto-édition et, sauf votre respect, votre analyse est erronnée : vous êtes vous demandé quelle est réellement la proportion de personnes auto-éditées qui rêvent naïvement de vendre 50 000 exemplaires ? L’auto édition est destinée précisément à de la micro-édition, à des diffusions de quelques exemplaires d’ouvrages qui ne sont pas tous, loin de là, de la fiction. Renseignez vous, plus de 50 % des ouvrages auto-édités ne sont pas de la fiction.

    Croyez vous que les dizaines de millier d’auteurs de langue française ne sont pas lucides sur le nombre d’exemplaires de leurs ouvrages ils vont écouler ? La plupart des auto-éditeurs connaissent déjà leurs lecteurs. En outre, un auteur auto-édité ne le fait pas pour l’argent, c’est beaucoup plus pragmatique que cela : c’est simplement pour que leur ouvrage soit disponible et existe, ce qui est déjà énorme pour eux. Si en plus ceux à qui il le destine (environnement professionnel, personnel, communauté le plus souvent) le lisent, alors le livre a trouvé sa finalité.

    Pourquoi un auteur célèbre n’a jamais vraiment publié en auto-édition ? Et bien… Peut-être par paresse, confort de l’édition traditionnelle, ignorance ou que sais-je ? N’oubliez pas qu’un auteur célèbre c’est plusieurs centaines de milliers d’Euros d’avances sur droits, d’option sur manuscrit, alors forcément, Lulu.com, UniBook, BoD, TheBookEdition et consorts, ça tient pas la route. Ensuite, quel intérêt pour un auteur très célèbre de faire de l’auto-édition ? Pour publier un manuscrit qui ne rentre pas dans ce qu’il a fait auparavant ? Doutez vous un seul instant qu’un éditeur lui refuse même d’éditer sa facture d’électricité ou sa liste de courses ? A part par jeu, il n’y a vraiment guère de motivation, vous ne croyez pas ?

    Enfin attention à ne pas faire l’amalgame entre auto-édition et édition à compte d’auteur ; malheureusement certains sites proposent un mix des deux mais seulement le premier est réellement intéressant pour l’utilisateur car il conserve l’entier contrôle sur son manuscrit.

    Bien à vous,

    Sébastien

    • rédaction
      18 février 2010 à 7:43

      Erronée, c’est une affirmation qui vous appartient et vous avez bien lu ce que vous avez bien voulu lire dans cet article qui, apparemment, vous touche directement, puisque vous travaillez dans l’auto-édition, donc forcément votre école de pensée que vous avez tout à fait le droit de défendre sans pour autant juger d’autres points de vue légitimes mais non erronés, nous vous en déplaise

  6. Sébastien Célimon
    18 février 2010 à 8:20

    Bonsoir,
    Ecole de pensée, comme vous y allez ! Auto-édition d’un point de vue éditorial ce n’est pas forcément se passer d’un éditeur ou de professionnels compétents travaillant dans l’édition, comme un maquettiste, un correcteur, un relecteur… L’auto-édition n’est pas que l’apanage des auteurs « ratés » ou ceux qui ont été refusés par les maisons d’édition traditionnelle. Il y a nombre d’auto-éditeurs qui ont choisi ce mode parce qu’ils savent pertinemment que leur ouvrage n’intéresse pas un éditeur traditionnel mais en revanche est susceptible d’intéresser un nombre restreint de personnes de son entourage professionnel ou personnel. L’auto-édition a révélé tout un continent de l’édition qui n’apparaissait pas, pour cause, dans les librairies, de la même manière que eBay a révélé un marché de l’objet d’occasion et des enchères autrement plus conséquent que celui des salles aux enchères.
    Maintenant, l’auto-édition est surtout associée à l’impression à la demande et ses usages sont adaptés aux spécificités de ce mode de diffusion. Je respecte tout à fait votre point de vue mais ne le partage pas, et cela semble réciproque, à la bonne heure. Maintenant, erronée ou pas, franchement…

  7. 21 février 2010 à 10:49

    Bonjour,
    En guise d’introduction, je me présente. Je veux, ainsi, éliminer, dans la mesure du possible, toute fâcheuse critique. Il m’est important d’informer l’éventuel lecteur ou lectrice, que mon expérience personnelle de l’édition me pousse à répondre au blogue que je viens de lire.
    Voilà donc : retraité de la fonction publique fédérale, j’ai occupé divers emplois à temps partiel pour pouvoir arrondir mes fins de mois, après, bien entendu, avoir pris ma retraite.. J’ai donc travaillé comme sondeur et en tant qu’agent de sécurité. Pour compléter ce bref curriculum, je me suis adonné à l’écriture. J’aurai donc publié deux romans : un à compte d’auteur : Horty. L’autre : Otage de Blass en édition associative avec le support de l’A.M.É.C.A. Voici une association d’auteurs indépendants. Inutile d’ajouter que je sais de quoi je parle.
    Ainsi, je suis, avec nuances, d’accord avec l’article, je m’expliquerai, en conclusion. . En effet, oui, il a raison: les maisons d’édition à compte d’auteur, sur Internet ou pas, demandent une fortune pour la publication d’un livre, peu importe le sujet, en faisant miroiter une impression impeccable du manuscrit, une distribution tous azimuts et une visibilité médiatique hors de l’ordinaire, ce qui, en réalité, n’est pas le cas pour chacun des éléments que je viens d’écrire.
    Par expérience, j’en ai eu la preuve: l’impression n’aura été que potable, sans plus: plusieurs exemplaires contenaient des pages froissées La distribution? N’en parlons pas: c’est «Zéro sur zéro, je retiens rien» et le pire, c’est que l’auteur lui-même ne peut approcher quelque librairie pour mousser un semblant de présentation sur un îlot reculé et presque sans aucune visibilité de quelconque présentoir. C’est la maison d’édition qui garde le plein contrôle qui se conjugue à
    R-I-E-N! Par conséquent, un sujet controversé n’aura aucune chance de faire son bonhomme de chemin, encore moins qu’une autre publication qui choquerait la susceptibilité de futurs lecteurs.
    Loin de moi, cependant, l’intention de m’embarquer à nouveau dans une telle aventure qui vient lessiver mes économies à la façon d’un arnaqueur digne de ceux qu’on emprisonne présentement.
    J’ajouterai le fait qu’on m’a imposé un correcteur qui se permettait des modifications au texte sans qu’elles ne se rapportent à quelque faute de français ou de syntaxe. Par exemple, il me biffait le mot «éthyle» le prétextant trop ancien, vieilli, que les gens ne comprendraient pas. Pourtant, est-ce limiter le lecteur à un niveau élémentaire de connaissances? Je voulais tellement être publié que j’acceptais le changement de mot ou d’expression, non sans manifester, en vain, mon désaccord. J’ajouterai ici le mot «sauterie» qui, pour lui, signifiait orgie. Pourtant, lisons le Petit Robert qui ne le définit pas de la même façon.
    Mon roman, Horty, décrivant les affres d’un pénible divorce a, tout simplement été charcuté On ne croyait pas qu’un homme avait pu souffrir des manigances de son ex-femme. Elles se sont traduites par un cas douloureux et patent d’aliénation parentale. On voulait me faire comprendre qu’une femme ne pouvait agir de la sorte. Je voulais tellement être publié, de un, pour chasser mes démons et, de deux, pour m’assurer une certaine visibilité, que je me pliais aux exigences de ce correcteur. Il ne s’agissait pas alors de corriger des fautes de français ou de syntaxe, non, je devais présenter un roman signé au sceau de la «correctitude»
    J’ai vite compris qu’il ne fallait pas troubler la quiétude de certains groupes de pression en mettant sur le marché un sujet qui dérange la certitude établie. Qu’un homme souffre, ce n’est pas dans la normalité.
    Je m’étais aventuré sur la voie du compte d’auteur parce que des éditeurs m’ont refusé en me flattant cordialement : mon sujet est d’actualité, à peu près rien à redire au sujet du texte et… j’ai eu deux entrevues avec les directeurs de deux maisons d’édition. Un m’a offert même un poste de lecteur de manuscrits. Bref, plein d’enthousiasme à l’effet que j’ai failli de peu voir publier mon roman, que je me suis alors rabattu vers la solution la plus simple : le compte d’auteur. Je n’imaginais pas alors les tristes et les douloureuses conséquences de cette décision.
    Aujourd’hui, je me consacre totalement à l’écriture, sans aucun autre espoir que celui de publier uniquement pour ma satisfaction personnelle.
    La réalité, la mienne, c’est que je me débrouille moi-même, avec les services d’une imprimerie qui me donne une production de qualité à un coût raisonnable. Je lui ferai un peu de publicité :
    « Les Copies de la Capitale» Vous m’arguerez que c’est loin Québec. Comment faire affaire avec cette entreprise? Rien n’est plus simple avec l’informatique. Vous téléchargez votre manuscrit prêt, bien entendu, pour l’impression. Vous avez besoin de services d’infographie pour votre page couverture? Pas de problème : on vous l’offre. De plus, elle accepte de produire un nombre limité d’exemplaires, à l’inverse des éditions à compte d’auteur qui empochent un meilleur pourcentage de profits en exigeant un fort tirage quand elles savent pertinemment bien que la vente sera nulle… Du moins, ou à peu près. Voilà ce que j’ai vécu.
    Ainsi, vous l’avez deviné, j’ai déniché un bon imprimeur avec les services de son atelier d’infographie. J’ai donc publié ce deuxième roman de cette façon. Voici un fait vécu romancé : je raconte les événements entourant la prise d’otage de mon ami que Richard Blass, criminel ayant vécu de tous genres de délits, dans les années 70, a séquestré.
    Pour sa distribution, j’ai la collaboration des Librairies Boyer et des Éditions Vaudreuil. Je n’en demande pas plus. Ces commerces du Suroît, là où j’habite, favorisent la visibilité des auteurs locaux.
    Un lancement? Jamais de la vie. Où seront les journalistes? Ce sont eux qui amènent l’eau au moulin. Il me faudrait percer dans la Métropole! Je ne rêve pas en couleur. Je l’ai suffisamment arpentée, sans résultats. Alors, organiser une simili-quête auprès d’amis et de membres de la famille qui, dans bien des cas, achèteraient le livre, parce que je suis le mari d’une telle ne m’intéresse pas. Je ne mentionne pas ma famille, il ne me reste plus qu’une belle-sœur vieillissante qui a été très malade, deux nièces, dont une vit en Suisse et un neveu. Je ne ferai pas un gros succès de librairie avec eux. Je n’ai jamais quêté de ma vie, je ne commencerai pas à mon âge. Encore une fois…
    Ce que j’ai compris, par contre, c’est que le milieu de l’édition est très fermé. On donne la priorité aux écrivains qui pourront apporter un pécule de l’État sans qu’il n’en coûte un sou ou presque à l’éditeur pour la publication. Six mois plus tard, si l’écrit, le roman, l’essai ou je ne sais quoi ne se serait pas vendu, on pilonnera le reste des exemplaires ou on les expédiera aux librairies de livres usagés pour les vendre à un prix dérisoire.
    Pour les autres, non publiés, je parle de vous et de moi, on repassera. Je préciserai plus clairement qu’il s’agit de ceux que les éditeurs reconnus ne peuvent subventionner. On se lancera, par contre, dans la rédaction de la biographie d’un artiste connu ou dans la création du livre de recettes d’un apprenti-cuisinier, acteur de profession au talent semblable au mien qui fais de «bonnes beans.» Celui-là, avec l’appui gouvernemental, se vendra comme des petits pains chauds. Pour la valeur de l’écrit biographique, on repassera, pour le cuisinier-en herbe-écrivain, on serait mieux de lui préférer la nouvelle édition de «La Cuisine Québécoise»
    De toute façon, je n’ai plus du tout l’intention de présenter un manuscrit ici et là et attendre une réponse 6 mois plus tard et plus…La réalité: je vieillis, je n’ai plus le temps de m’amuser à de telles simagrées.
    Et je me permettrai une question : donnez-moi don le nom d’un ouvrage publié au Québec, au cours de la dernière année qui n’a pas reçu un seul sou de la manne de l’État? Est-ce à dire que seuls les auteurs subventionnés valent la peine d’une publication? Même un Pierre Falardeau, aussi radical-québécois qu’il ne l’était, a accepté que son dernier livre reçoive le support de la S.O.D.E.C et du Conseil des Arts du Canada. Je continuerai à admirer cet homme et ce grand québécois, cependant, ce n’est pas parce qu’un éditeur met sur le marché tel écrit qu’il en vaut pour autant la peine. Il le publie parce qu’il est subventionné.
    J’aimerais savoir combien de livres les éditeurs reconnus ont publié depuis un an sans recevoir un sou de subvention. J’aimerais aussi que le public, en général, moi aussi, bien entendu, nous sachions combien de livres ont été pilonnés, faute de ventes. Si un journaliste est intéressé, il fera probablement un succès de son article. Ainsi, on aurait l’heure juste à savoir s’il vaut mieux trouver un éditeur ou aller sur la voie de l’autoédition.
    En un mot, je ne cherche pas la visibilité. Non, je sais fort bien que l’autoédition ne mène nulle part, sauf dans quelques établissements qui se donnent la mission d’encourager les artistes locaux. Un point, c’est tout.
    À cet effet, je le mentionnais plus haut, j’ai eu le support des Librairies Boyer qui m’ont organisé des séances de signature, dans la période des Fêtes, et ce, dans chacune de leurs succursales. Me voici donc avec un bon contact. Cet événement a satisfait la librairie et moi aussi, d’ailleurs. Disons que les ventes ont été bonnes.
    J’ai un autre contact avec les Éditions Vaudreuil. Enfin, la radio de Valleyfield m’a donné du temps d’antenne. Le journal local: Le Soleil de Soulanges aussi. Et je dois mentionner «La Première Édition» journal local de Vaudreuil-Dorion qui en a fait autant.
    Par contre, mon expérience avec Otage de Blass, même si mon titre pouvait attirer, j’ai bien compris et je l’ai assimilé à la dure, que tout ce qui compte pour les médias, qu’un écrivain soit quelconque ou, à l’inverse, plein de talent, publie via une maison d’édition reconnue, en compte d’auteur ou en autoédition, c’est le sensationnalisme ou, devrais-je dire le sujet collé à la réalité qui prime.
    Je ne suis pas sans comprendre que j’aurais, si mon otage avait bien voulu sortir de l’ombre et en dire plus au sujet de ce fait divers qui a passé inaperçu aux oreilles et à la vue des chroniqueurs de l’époque de Blass, eu un succès de librairie.
    Je me rends compte que malgré les beaux propos des médias à l’effet que le Québec a évolué, le commérage reste encore un sujet d’actualité
    Alors, je ne fais maintenant que ce qui me plaît avec mes limites.
    Enfin, pour répondre à une autre affirmation de l’auteur à l’effet qu’aucun-e écrivain-e n’a réussi un succès de librairie. Oui: une dénommée Lescop, j’oublie son prénom, l’a eu par le biais du compte d’auteur. Elle avait publié «Ma vie en 80 ans» je crois. Elle relate, entre autres son amitié avec Pax Plante, si ma mémoire ne flanche pas. Elle avait réussi à faire un succès de son livre (bien évidemment, Pax Plante, c’est un nom qui attire.) Mais à quoi ou à qui doit-elle son succès? Je ne sais trop.
    Je terminerai en réfléchissant au fait que J.K. Rowling a été refusée par tous les éditeurs bien cotés de l’Angleterre avant que son manuscrit ne soit accepté par un illustre inconnu qui a décidé de l’éditer. On connaît la suite.
    Il me vient à l’esprit aussi que, du temps où La Presse était distribuée le dimanche, dans le cahier «Livres,» on avait publié un article concernant l’idée qu’avait eu un journaliste de soumettre aux éditeurs un manuscrit que tous ont refusé. Il avait simplement copié «Bonheur d’Occasion» je crois. Chacune de ces doctes personnes responsables de la lecture des écrits présentés, se confondaient en explications des plus alambiquées pour motiver le refus.
    Un dernier mot au sujet du blogueur: Il m’est d’avis que pour lui, hors de l’édition traditionnelle, point de salut. Ne comprend-il pas que les éditeurs survivent à coups de subventions? Donc, ils favorisent ceux qui rapporteront des dividendes. On mousse des sujets ou des écrivains qui feront la pluie et le beau temps sur les plateaux du million de spectateurs qui regardent la messe du dimanche soir. Sur le million rivé au petit écran, combien lisent? Mais puisque c’est la mode, on s’empressera le lundi matin d’aller se procurer «J’ai vécu l’enfer» ou «Cuisinez avec le Nouveau Comique.»qu’on aura vu la veille.
    Alors, mon expérience me fait comprendre que le milieu littéraire est une société tissée serrée que certains groupuscules gèrent. Ainsi, les éditeurs, les diffuseurs et les distributeurs vont main dans la main pour la publication de ce qu’ils veulent bien. Pour la liberté d’expression, on repassera.
    Oui, j’en ai contre tous ces livres de recettes qui pullulent de petits trucs éloignés de la vraie gastronomie. Ça paraît bien dans la conversation du samedi soir de lancer que Madame Une Telle a acheté «Cuisinons avec Wofa. Recettes pour tous les jours»
    À cet effet, justement, une commis de librairie m’a carrément affirmé que les livres de recettes se vendaient bien, non pas pour cuisiner, mais plutôt pour lui faire une place à la vue dans l’étagère du salon de «Madame le Bourgeoise.». Est-ce bien utile, de lire: «Mon enfer de la drogue» récit autobiographique de Réal Constant vedette du film «Le jour et la Nuit?»
    Au cinéma: «J’ai tué ma mère» a été boudé par le milieu tant et aussi longtemps qu’il ne rafle un prix. Donc, voici une corrélation intéressante.
    Et ma recette se résume ainsi : procurez-vous un bon logiciel de correction, un autre de mise en pages, à moins que vous ne connaissiez une compétence qui pourra la compléter et, enfin, informez-vous aux «Copies de la Capitale» combien il vous en coûtera pour l’impression de votre publication. Le reste vous appartiendra.
    Bref, le manque de nuances et de faits précis du blogueur m’agacent un peu.
    Salutations cordiales.
    J.B.

    • rédaction
      21 février 2010 à 11:03

      Merci de nous faire partager votre expérience. Je ne pense pas que mon post manque de nuances. Bien au contraire. Il ne faudrait pas banaliser l’édition. Oui, l’édition est un milieu fermé comme tous les milieux, soit dit en pensant. Pour autant, je ne crois pas que tous les logiciels du monde remplaceront le travail d’un éditeur…S’il suffisait de savoir écrire pour être édité, il n’y aurait pas de toutes façons, assez de lecteurs sur Terre pour tout lire!

  8. 1 mars 2010 à 1:28

    Merci Jean-François pour ce bel article.

    La conférence « Technologies Of Change for Publishing » organisée la semaine passée à NYC par Tim O’Reilly a été l’occasion d’aborder assez largement ce sujet de l’auto-publication avec différents acteurs de la chaine du livres présents sur place : Macmillan, Harper Collins, Google, Amazon, Apple, Adobe, Ingram, etc.

    A la lumière des échanges, je vous rejoins sur le fait qu’un artiste peut être, de prime abord, séduit par l’auto-édition. Les retours des premiers lecteurs, parfois assez violents et directs, sont souvent très perturbants pour l’auteur car il s’agit généralement de sa première confrontation à UN LECTORAT QUI ACHETE SON OEUVRE. Les lecteurs en veulent toujours pour leur argent et sont donc en droit d’obtenir un contenu et une expérience de lecture de qualité.

    LE CONTENU, même si l’histoire intrinsèque qu’elle relate peut s’avérer géniale et « vendeuse », génère très souvent chez les lecteurs un sentiment de « non achevé » : coquilles, incohérences, faute de syntaxe, etc. Par ailleurs, parce qu’aucun site d’auto-publication n’a à ce jour été capable d’attirer une audience qualifiée suffisante et génératrice de revenus, l’EXPERIENCE DE LECTURE, l’INTEROPERABILITE, le DESIGN, l’ERGONOMIE, ou encore la PROMOTION des oeuvres sont généralement très pauvres.

    Cependant, les AUTEURS A SUCCES ne sont pas logés à la même enseigne. Ils ont généralement appris, au fil de leurs précédentes publications, à produire quasiment du 1er jet des oeuvres de qualité. Ils sont par ailleurs en mesure de travailler directement avec un éditeur indépendant qu’ils connaissent puis avec un correcteur. En conséquence, le phénomène observé lors de la publication sur iPhone sous la marque « Marc Levy » du dernier roman de l’auteur à succès du même nom, a bien été confirmé au TOC sous le nom de DESINTERMEDIATION de la maison d’édition. Qui a vu la marque Robert Laffont dans l’application « La première nuit » ? Personne, elle était uniquement présente sur la couverture papier.

    Après une analyse plus fine, il s’avère que cette publication numérique, bien qu’elle ait le mérite de PROPOSER, de FAIRE, n’était pas au standard de ce que sont en droit d’attendre les fans de Marc Levy. Quid de ceux qui n’ont pas d’iPhone ? … voire pas de smartphone ? Qui des lecteurs étrangers ? Il y a donc aujourd’hui une place à prendre pour une plate-forme de découverte d’artistes connus, mais aussi en devenir car ces derniers seront entrainés par les « locomotives ».

    Pour décoller, cette plate-forme devra adresser 100% du lectorat, sans critère de segmentation par la technologie ou la connaissance des technologies, offrir une expérience de lecture de qualité et enfin assurer la génération de trafic et la promotion des artistes publiant sur cette plate-forme.

    Mesdames Messieurs les entrepreneurs ou intrapreneurs, IL Y A UNE PLACE A PRENDRE.

  9. Xavier Bignet
    14 mars 2010 à 7:20

    Tout ça c’est beau, dénoncer, etc… Mais toute cette belle énergie ne serait-elle pas mieux employée à promouvoir l’accès à la culture, afin de donner une vraie chance à tout le monde, autant de lire que d’être lu, plutôt que de combattre un moulin à vent très lucratif, y compris pour ses détracteurs, qui profiteront des déçus ? L’auto-édition est merveilleuse, c’est la seule chance de sauver les Arts, quels qu’ils soient. Il faut plutôt dénoncer les systèmes actuels, restrictifs, et en promouvoir d’autres, réellement populaires. Favoriser l’accès à Internet pour TOUS et encourager la définanciarisation de la culture serait un bon début, non ? Je suis prêt à en discuter, au besoin.

    Xavier Bignet, j’aurais voulu être un artiste.

    • rédaction
      14 mars 2010 à 7:28

      Merci pour votre intervention toute aussi passionnée que la mienne. Promouvoir la culture, c’est une chose mais tout le monde ne peut pas être artiste et c’est tant mieux. J’ai un grand respect et une grande admiration pour les auteurs. Pour autant, il faut être un minimum réaliste. Je ne suis pas pour définancier la culture; la création a un coût…le tout gratuit n’est pas ma tasse de thé sous prétexte que, je ne vois pas quel type d’économie peut-on créer avec la gratuité.

  10. Xavier Bignet
    14 mars 2010 à 10:40

    On ne crée aucune économie avec la gratuité, et il me semble qu’associer l’art, soit la culture, avec une quelconque marchandisation revient à dévoyer son but premier, qui restera toujours l’expression personnelle, donc populaire. Tout le monde ne peut pas être artiste ? Et pourquoi ? Si « être artiste » c’est répondre à un goût, alors vos plus grands artistes, tel Picasso, Bach, ou Depardieu, parmi d’autres, plus ou moins consensuels, sont des foireux, car ils répondent aussi au dégoût de beaucoup, dont au mien. Me refusera-t-on pour cela le droit d’aimer autre chose ? De juger d’une beauté que j’accepte, dussè-je être le seul ? Refuseriez-vous à une maman le droit de s’extasier sur la beauté du gribouillage infâme de son fiston de 4 ans ? Alors oui, en effet, tout le monde ne peut pas être artiste : mais juste parce que les gens comme NOUS le disent. Nous sommes des nantis qui nous auto-congratulons à longueur de blogs et d’émissions de télé (même pas réalité), trop conscients de la supériorité que nous procure notre soi-disant culture, faite par nous et pour nos « égaux » (et ego). J’ai aussi un grand respect pour les auteurs, mais je n’ai pas la fatuité de prétendre définir ce qu’est un auteur : il suffit à mes yeux d’écrire, de composer, même mal, voire très mal, pour gagner à mes yeux le rang d’auteur et d’artiste. Quant à la technique nécessaire à la bonne exécution d’un art, ma foi elle s’acquiert, à supposer qu’il en soit besoin dans un domaine aussi personnel que l’art, tout entièrement dévoué à l’expression de l’émotion immédiate – quand bien même la gestation de l’oeuvre s’inscrive dans le temps.
    Le coût de la création existe, c’est un fait, mais j’aimerais connaître la part de ce coût réservée aux gains envisagés : la plupart des artistes, qui créent vraiment, et souvent avec talent, ne dépensent pas le dixième des dizaines de milliers d’euros souvent engagés dans les créations médiatisées. Et beaucoup ne se plaignent même pas de la faiblesse du retour sur investissement. L’art pour l’art, vous n’y croyez pas ? Eh bien eux ils y croient. Et je ne serais pas surpris que ça les arrange, au fond. Et il faudrait être bien présomptueux pour méjuger du talent de nombre de ces anonymes désargentés.
    Quant au « réalisme », si évoquer le droit, que nous avons tous, à nous prendre pour ce que les autres pensent que nous ne sommes pas, n’est pas réaliste, je crois pouvoir supposer – sans l’affirmer – qu’une part importante de nos « vedettes » fume des choses illicites, parce qu’en matière de réalisme, en art c’est pas gagné d’avance, vu que le réalisme véritable, c’est assumer que Céline Dion a une voix de crécelle pour les oreilles de certain(e)s.
    Après, si tout est une affaire de pognon, ma foi, j’ai tort : je me suis confronté un jour à Mano Solo, qui m’affirmait sur son forum en 2002, qu’une famille de 4 mômes qui achetait du pain tous les jours pouvait bien faire « l’effort » de payer les 40 euros qu’il réclamait pour son concert à venir. Vous ne voyez pas le rapport ? Moi non plus, mais bon, je suis pas un artiste et j’achète pas de pain, et j’ai pas 4 enfants, et puis j’allais pas aux concerts de Mano Solo. Vraiment je sais pas pourquoi je l’ouvre, c’est vrai quoi, s’il suffisait d’habiter en France pour avoir le droit de vivre décemment, ça se saurait, non ? Si.

    Xavier Bignet, grotesque.

    • rédaction
      14 mars 2010 à 10:58

      en tout cas, une chose est sûre: la liberté d’expression et d’opinion est encore gratuite 🙂 profitons-en

  11. Xavier Bignet
    15 mars 2010 à 12:49

    Oui, profitons-en… tant qu’on a les moyens de payer l’accès à Internet, ou de profiter gratuitement de celui qu’un autre paie.
    M. Gayrard, savez-vous quel est le prix que paient, pour leur liberté d’expression, les gens qui vous ont vendu votre ordinateur ? L’indifférence générale. Pour les plus « méritants », car ceux qui l’ont fabriqué, cet outil merveilleux qui vous permet d’avoir tant d’importance, eux assument, de gré ou de force, notre mépris.
    Une chose est sûre ? La seule qui le soit, nous n’en témoignerons jamais. Alors avant que cette certitude ne nous soit révélée, je suis d’accord (ah ! Quand même !) :
    PROFITONS D’EUX.

    Xavier Bignet, bonne nuit.

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