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Gwen Catala : « le numérique déchaîne le débat et les passions »

images-22Dans le cadre de notre série d’entrevues sur le thème « J’ai publié en numérique », Gwen Catala, auteur de L’indécis, un ouvrage directement édité en numérique par Pe Soft, nous parle de son expérience électronique. Avec lui, nous évoquons l’avenir de l’édition, les avantages et les inconvénients du livre électronique, les contraintes d’écriture, la relation de travail entre les auteurs et les éditeurs, l’utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter comme nouvel outil de promotion

Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes votre parcours d’auteur et les œuvres majeures que vous avez publiées jusqu’à présent ?

La littérature et l’écriture se sont imposées à moi tardivement. Mais comme nombres de trentenaires, je suis un enfant de la télévision et du cinéma. Et c’est ce goût du visuel qui, non content de m’avoir bercé, m’a fait franchir le cap en 2005. Aussi, après m’être essayé à la communication, au marketing et même à la production de court-métrage, je me suis jeté corps et âme dans cette passionnante aventure. J’ai publié ma première nouvelle Malédiction… Le jour où je suis mort aux éditions Le Manuscrit. Puis, j’ai écrit une dizaine de courts métrages avant de me lancer dans l’écriture de mon premier roman.

Quant au numérique, cela n’est venu qu’il y a quelques mois. Résidant une partie de l’année en Thaïlande, j’ai pu m’apercevoir comme les nouvelles technologies avaient évolué ainsi que la place qu’elles prenaient à présent.

J’aimerais que l’on parle de votre première expérience en tant qu’auteur qui a été directement publié en livre numérique. D’abord, quelle est l’œuvre que vous avez publiée directement en numérique et pour quelle maison d’édition

images-23L’indécis fut le premier de mes textes courts à être publié exclusivement en numérique. Et plus particulièrement sur l’AppStore d’Apple. Pour celui-ci, je ne me suis pas tourné vers une maison d’édition traditionnelle, mais directement auprès de Pe Soft, une société développant des applications pour iPhone et iPod touch. Ce choix fut motivé par la recherche d’un moteur de lecture innovant et adapté à ce type d’appareil ; ce qui me semblait primordial.

Est-ce que le fait de savoir que votre manuscrit n’allait pas être publié sur un support papier a changé votre façon d’écrire ?

En premier lieu, pas vraiment. Le format même de mon texte (moins de 50 pages) le prédestinait à une lecture numérique et seule une adaptation technique fut nécessaire. Mais avec un peu de recul, et surtout de pratique, ma vision de l’écriture a complètement changé. Dorénavant, je m’emploie à construire mes textes courts en rapport de l’utilisation que les lecteurs ont de ce type d’appareil. J’entends développer l’aspect ludique et immersif de mes histoires. Je souhaite avant tout que celles-ci soient plus « vivantes » et plus captivantes.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu votre œuvre en numérique ?

Excellente ! Il faut avouer que ce style littéraire, je parle des formats courts (ou nouvelles), n’est pas ou peu développé en édition classique. Mon but, tout comme celui de chaque auteur, est avant tout d’être lu. Aussi, le numérique s’imposait tout naturellement.

Comment la promotion de votre livre a été faite ?

La promotion s’est faite conjointement avec Pe Soft. Nous avons contacté en premier les sites internet spécialisés pour iPhone. L’indécis étant le premier texte court d’un auteur français à être disponible sur cette plateforme, ce fut un excellent vecteur de communication. Puis ce fut au tour des sites internet d’actualité High-Tech et ceux consacrés à la littérature.

La promotion s’est exclusivement faite sur internet. Et je dois dire que les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. Facebook et Twitter, pour ne citer qu’eux, ont permis de diffuser l’information avec rapidité ; mais aussi de pouvoir interagir avec mes lecteurs. J’ai pu ainsi débattre de l’utilité du numérique, mais aussi de ce que les lecteurs attendaient de ce type de support. Quoi qu’on en dise, le bouche-à-oreille reste ce qu’il se fait de mieux.

Quels sont, selon votre propre expérience, les avantages du numérique et les inconvénients ?

Le numérique a ce mérite : il déchaîne le débat et les passions ! Son avantage premier réside en son prix ; plus accessible que le format papier. Mais faut-il encore que les éditeurs acceptent de jouer le jeu.

Son principal inconvénient reste la multitude de format et de logiciels de lecture disséminés sur internet. C’est aussi cela qui m’a fait choisir la boutique en ligne d’Apple. Cette dispersion ne sert absolument pas l’émergence et la reconnaissance du livre numérique auprès du public. De plus en plus, les lecteurs veulent de la simplicité. Une uniformisation des supports est donc plus que nécessaire.

Croyez-vous que le livre numérique et le développement des supports de lecture électronique vont susciter de nouvelles vocations côté lecteur et côté auteur, faire naître de nouveaux talents et de nouvelles façons d’écrire un récit ?

J’en suis persuadé. Mieux, j’y aspire. La lecture électronique ne peut que pousser à l’innovation. Car dans l’écriture, il n’y a pas que le roman. Grâce au numérique, un auteur peut et se doit d’aller au-delà d’un simple écriture narrative. Quant aux lecteurs, c’est une nouvelle manière d’apprécier une histoire qui lui est offerte. Les possibilités sont quasi infinies. À nous de les imaginer…

Est-ce que d’après vous, les éditeurs ont conscience que la révolution du livre est en marche et sont-ils prêts à l’affronter ?

Pour certains, oui. Ce qui me rend heureux, c’est que ce sont des structures plus petites, à taille humaine, qui tirent leur épingle du jeu. Ce sont ces éditeurs, ces passionnés qui ont le plus à gagner à changer leurs comportements et à évoluer. Mais cela ne va pas assez loin. Trop nombreux sont ceux qui se contentent d’une pâle adaptation du papier ; souvent pour un prix légèrement inférieur. D’après moi, c’est l’ensemble du modèle économique qu’il faut repenser.

Est-ce que le développement du livre numérique va faire évoluer les relations entre les auteurs et les éditeurs et faire naître de nouvelles façons de travailler ?

Je l’espère. À l’avenir, il ne s’agira plus de soumettre simplement un manuscrit dans le secret espoir que celui-ci soit accepté. Un auteur devra proposer un projet, un concept.

Nous devrions aussi voir émerger de nouveaux types de contenus littéraires ; ainsi qu’une meilleure segmentation des œuvres. Les réseaux sociaux devraient également prendre une part plus grande dans la manière de communiquer autour d’un auteur ou d’une œuvre.

Que vous inspirent les batailles que se livrent les Sony, Google et bientôt Apple pour numériser le maximum d’ouvrages ?

Je trouve dommageable que ces grandes entreprises cherchent à tout prix à disposer du catalogue le plus fourni. Même s’il est important que la culture soit disponible en numérique (c’est inévitable), je pense qu’il faut avant tout que celles-ci s’attachent à proposer des solutions innovantes quant au confort de lecture. Disposer d’une bibliothèque de milliers d’ouvrages est une bonne chose. Mais faut-il encore avoir les outils nécessaires pour en profiter le plus agréablement possible…

Que vous a inspiré la récente polémique autour de la destruction à distance par Amazon d’œuvres téléchargées sur le Kindle ?

C’est de la part d’Amazon une atteinte grave aux droits du consommateur. Mais comme bien souvent, trop à mon goût, c’est le consommateur qui trinque. Quels que soient le différend d’Amazon avec l’éditeur de l’ouvrage incriminé, Amazon n’avait en aucun cas le droit de détruire à distance un contenu acheté légalement. C’est un contrôle que je trouve dangereux de la part d’une simple société commerciale car toutes les dérives sont imaginables.  Partant de ce principe, qu’est-ce qui empêcherait la tablette de «scanner» sa bibliothèque personnelle à la recherche d’un contenu illégal ?

Sur quel projet éditorial travaillez-vous en ce moment, numérique et/ou traditionnel ?

Ils sont nombreux et très excitants ! En premier, je finalise mon premier roman qui va être soumis aux éditeurs (classiques cette fois-ci) dans les prochains jours. Il s’agit d’un roman de fiction qui devrait en surprendre plus d’un.

Côté iPhone, les traductions anglaises et espagnoles de L’indécis sont sur les rails. Un second texte court arrive également d’ici la fin du mois d’août.

Je prépare aussi avec Pe Soft une série d’applications ludiques et poétiques spécialement pensées et écrites pour iPhone.

Un portage de tous ces textes sur les autres plateformes numériques est prévu pour la fin de l’année.

Enfin, j’ai créé un site internet qui met en avant certains des textes partagés gratuitement sur Twitter.  Et à l’occasion de ma participation au Salon International du Livre Insulaire qui se tiendra à Ouessant du 19 au 23 août, je destine une petite surprise à tous. Je finalise une nouvelle ayant pour thème l’insularité qui sera tweetée gratuitement et en live par le biais du site de micro-blogging. Un autre moyen de faire profiter au plus grand nombre de mes œuvres.

Propos recueillis par Jean-François Gayrard. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans l’autorisation de l’éditeur.

Vous pouvez trouver les ouvrages de Gwen Catala sur les sites suivants:

http://web.me.com/tawan4gwen/gwencatala/Bienvenue.html

Site partageant certains de mes textes gratuitement

http://web.me.com/tawan4gwen/My_TweetShow/Look.html

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